NORD (France)


NORD (France)
NORD (France)

On désigne traditionnellement sous le nom de « région du Nord» les deux départements du Nord et du Pas-de-Calais. Cette dénomination a été officiellement donnée à la région économique depuis le décret de régionalisation du territoire français de 1955. Elle comprend 2,27 p. 100 du territoire français et 7 p. 100 de la population (au recensement de 1990). Elle se classe au troisième rang par la valeur du revenu industriel après la région Île-de-France et la région lyonnaise, et au premier rang pour la valeur de la production agricole. Terre frontière, elle a, en outre, dans les perspectives de développement qu’offre l’Union européenne et grâce à la réalisation du tunnel sous la Manche l’unissant à la Grande-Bretagne, des possibilités d’avenir très originales.

Un plat pays

Cette région est physiquement orientée vers le nord. Une barrière de hauteurs continues la sépare du centre du Bassin parisien: elle comprend les collines de l’Artois, à l’ouest, qui correspondent à un axe hercynien, surmonté d’un anticlinal crétacé et qui culmine à 210 mètres à la bordure de la boutonnière du Boulonnais ; celle-ci est ouverte par l’érosion, éventrant l’anticlinal et offrant des plaines humides et verdoyantes au souffle marin, entre les caps Gris-Nez et Blanc-Nez, au nord, et le cap d’Alprech, au sud, entaillés dans les calcaires jurassiques et crétacés. À l’est, l’Artois disparaît au seuil de Bapaume (131 m) où se rejoignent presque les sources de la Somme et les ramifications du bassin supérieur de l’Escaut, chemin d’invasion traditionnel des armées venant du nord vers la région parisienne.

À l’est, la pointe avancée de l’Ardenne est précédée par les collines crétacées de l’Avesnois et de la Thiérache, tandis que le socle ancien ardennais, raboté au sommet par une pénéplaine, est tranché en gorges par les vallées de la Sambre et de la Meuse. Au nord de cette limite de hauteurs, la plaine septentrionale plonge régulièrement vers la Belgique et la mer du Nord; elle est constituée par des affleurements de terrains secondaires (crétacés) et tertiaires de plus en plus récents du sud-ouest au nord-est.

La plaine, coupée par des vallées larges accompagnées de terrasses, est drainée par des rivières qui s’écoulent vers la Belgique (Escaut, Deule, Lys, Scarpe); entre les vallées, les collines de Pévèle, au sud de Lille, correspondent à un dôme de craie, tandis que les monts de Flandre (monts Cassel, monts des Cats), alignés de l’est à l’ouest, correspondent à des restes de sédiments tertiaires durs. En bordure même de la mer, la plaine maritime flamande a été envahie, encore à l’époque historique, par les eaux marines; elle a été asséchée, donnant un paysage géométrique de polders, et se termine par une côte de dunes basses dans lesquelles sont creusés les ports artificiels de Dunkerque et de Calais.

Cette plaine n’est que l’extrémité occidentale des grandes plaines nord-européennes; la frontière qui la traverse, et qui ne date que de 1815, est artificielle et très perméable, surtout depuis qu’est née l’Union européenne. Elle coupe notamment les rivières qui accompagnent la pente générale du relief et qui, étant régulières, calmes et navigables, se prêtent à la navigation descendant vers la Belgique.

De même, l’influence climatique de la mer du Nord est favorisée par cette disposition topographique. C’est le pays du vent qui traîne inlassablement sur «la plaine blême, toujours la même», évoqué par Émile Verhaeren. La fraîcheur tempérée (Dunkerque, moyenne de janvier: 3,6 0C, moyenne de juillet: 17,3 0C), l’humidité (700 à 800 mm) sont plus sensibles au bord de la mer, et sur l’Artois et l’Ardenne; la plaine d’Arras et la région lilloise sont relativement plus abritées. Le milieu naturel est austère, mais non dépourvu d’une certaine beauté quand un grand vent chasse violemment les nuages et balaie la plaine.

Sous le signe de l’industrie: agriculture et ports

Les conditions physiques sont favorables à l’agriculture, bien que les sols limoneux de la plaine soient généralement lourds et difficiles à travailler. Il a fallu beaucoup d’énergie aux hommes pour mettre en valeur leur terroir: drainer les vallées de la Lys, de l’Escaut, le golfe de Saint-Omer, la plaine maritime flamande, amender les sols.

Les productions agricoles sont variées: l’agriculture est scientifique et donne des rendements élevés; les exploitations de taille moyenne (60 p. 100 du total des exploitations se situent dans la tranche 10-50 hectares; pour la France entière: 47 p. 100) sont généralement de type familial. Les principales productions sont, en 1984, le blé (1 213 000 t, 5 p. 100 du total national), l’orge (718 000 t, 7 p. 100), les pommes de terre (1 439 000 t, 23 p. 100 contre 5 p. 100 en 1969), les betteraves industrielles (4 467 000 t, 14 p. 100).

Cette agriculture a donné naissance à une importante industrie alimentaire (notamment minoteries, brasseries, sucreries, distilleries, féculeries). On y pratique l’élevage (qui vient en tête pour le revenu tiré de l’agriculture), celui des bovins surtout, fondé à la fois sur les prairies naturelles du Boulonnais, de la Thiérache et de l’Avesnois et sur la nourriture artificielle dans les étables voisines de Lille et des agglomérations houillères. Le recensement de l’agriculture de 1979-1980 a montré la transformation des systèmes fourragers depuis les années 1970 (réduction de la surface toujours en herbe et des surfaces occupées par les betteraves fourragères et les prairies artificielles; progression de la culture du maïs-fourrage) mais surtout le développement de la culture spécialisée et particulièrement de la culture légumière de plein champ (des endives...). Pour l’élevage, il faut souligner la diminution du cheptel laitier et la conversion lait-viande ainsi que la forte régression du cheptel porcin (8 p. 100 encore du total national). La concentration des élevages s’est également renforcée.

La répartition des cultures varie à travers la région: les collines du sud-est, plus élevées et plus humides, sont surtout tournées vers l’élevage des vaches laitières; dans la plaine centrale, c’est le blé, la betterave à sucre (surtout vers le sud, au contact de la Picardie) et les pommes de terre qui prédominent. Dans les vallées, certaines cultures spécialisées occupent les terrasses (encore un peu de lin dans la vallée de la Lys, des cultures maraîchères, des prairies); le Pévèle a ses plantations d’arbres fruitiers, de même que les monts de Flandre où les vergers et le houblon s’accrochent aux pentes. La plaine maritime flamande est un domaine mixte d’élevage et de cultures en petites fermes dispersées, à hauts rendements, tandis que l’Artois crayeux est couvert de pâturages plus maigres et a des rendements inférieurs; le Boulonnais verdoyant, naguère réputé pour ses chevaux, reçoit de plus en plus de troupeaux de bovins.

La région du Nord dispose de trois organismes portuaires:

– Dunkerque est le plus important; troisième port français, il est le poumon de la région du Nord. Artificiel et sans cesse amélioré, il est en relation avec l’intérieur par un réseau de voies ferrées, de routes, d’autoroutes et de canaux. S’il a été économiquement favorisé par la présence de la frontière, la création de Marché commun a constitué une menace de concurrence. C’est dans cette perspective que Dunkerque a fait un gros effort pour s’industrialiser (implantation d’une aciérie Usinor: 10 000 emplois; raffineries de pétrole d’une capacité de 10,7 Mt; usine pétrochimique; cimenterie; centrale thermique; centrale thermo-nucléaire de Gravelines; huilerie la plus importante d’Europe). En contrepartie, l’industrie de transformation ne progresse pas beaucoup. Le trafic portuaire atteint, pour 1992, 30,119 millions de tonnes aux entrées, constituées d’hydrocarbures pour un quart, et 10,085 millions aux sorties. Mais la concurrence avec Anvers est sévère.

L’agglomération de Dunkerque compte près de 200 000 habitants au recensement de 1990. Elle s’accroît régulièrement. Cependant, le bilan des migrations est devenu négatif entre 1975 et 1982. La croissance économique de Dunkerque a sensiblement ralenti dans les années 1980.

– Calais est le port le plus proche de la côte anglaise (à 45 km de Douvres). Aussi assure-t-il un trafic de 14 millions de voyageurs par an; c’est le premier port français de passagers et le sixième pour les marchandises diverses (18 millions de tonnes en 1992). L’industrie textile de tulle, des dentelles et broderies mécaniques y subsiste à côté d’industries plus récentes, mécaniques, chimiques et textiles artificiels. L’ouverture du tunnel sous la Manche en 1994 fait prévoir des retombées économiques intéressantes. Avec l’agglomération, Calais représente un ensemble de plus de 100 000 habitants.

– Plus au sud, Boulogne, dans son cadre de collines (90 000 hab. dans l’agglomération en 1990), est un centre complexe: un port de voyageurs avec automobiles pour l’Angleterre (le deuxième port français pour voyageurs); le premier port de pêche français avec 60 312 tonnes en 1992; enfin une ville industrielle spécialisée dans la production de ferromanganèse à Outreau (également constructions électroniques). Cependant, la ville souffre des difficultés que rencontrent la pêche et la sidérurgie. Au sud, la côte est également assez peuplée, et l’on note la présence de Berck, station climatique médicale.

Mines et principales industries

Le bassin houiller a eu une grande importance dans la région du Nord. Il représente une zone de fort peuplement, étendue de l’est à l’ouest sur 120 kilomètres de long et 20 kilomètres, en moyenne, de large, avec près de 1 000 habitants au kilomètre carré. Son exploitation, à partir du milieu du XVIIIe siècle, a eu une grande importance économique, bien que les conditions de gisement ne fussent pas très favorables: nombreuses couches productrices, mais hachées de failles, fortement plissées et séparées par de grandes épaisseurs de mort-terrain; on compte encore plus de deux milliards de tonnes de réserves, dont l’exploitation a été abandonnée.

Depuis la fin de la guerre et la nationalisation en 1946, la vingtaine de compagnies privées qui existaient autour de Douai ont disparu. La production, avait atteint son maximum en 1929, avec 35 millions de tonnes; elle a été longtemps stabilisée autour de 30 millions de tonnes, puis elle a considérablement baissé sous l’effet de la politique énergétique française, pour finalement cesser. La production, à la fin de 1981, avait diminué d’environ cinq fois par rapport à celle de 1969 et les effectifs employés de trois fois (3 952 332 tonnes, 23 608 mineurs dont 9 750 au fond). La production ne représentait plus alors que 21,3 p. 100 de l’extraction française (contre 43,4 p. 100 en 1969) et le rendement au fond n’était plus que de 1 968 kilogrammes par homme et par jour alors que la moyenne française était de 3 537 et, pour le bassin de la Lorraine, de 4 632. Le bassin a été gravement touché par la disparition de l’industrie charbonnière. Les principaux centres sont Lens (35 278 hab. en 1990, pour plus de 200 000 dans l’agglomération), Béthune (25 261 et 150 000 hab.), Bruay-la-Buissière, l’ancien Bruay-en-Artois (25 451 et 110 000 hab.) et Douai (44 195 et 200 000 hab.). Le Valenciennois est touché également par la restructuration de la sidérurgie (Valenciennes: 39 276 hab. et plus de 330 000 avec la partie belge de l’agglomération). La plupart de ces anciens centres miniers sont aussi des villes industrielles, mais l’équipement tertiaire est très insuffisant, sauf dans les anciennes villes historiques de l’Est, et la population est en régression: entre 1975 et 1982, Valenciennes a perdu 13 800 habitants, Douai 7 700, Bruay-la-Buissière 6 800, Lens 5 500. Autour de ces villes, des cités ouvrières de corons s’allongent interminablement. Une grande partie de la population est d’origine étrangère, en particulier polonaise entre les deux guerres, et nord-africaine ensuite.

C’est un lieu commun de dire que toutes les grandes industries sont représentées dans la région du Nord. La sidérurgie traditionnelle s’était implantée sur le charbon, grâce aux échanges avec le minerai de fer lorrain; la construction de la grande usine de Dunkerque a ensuite permis de renforcer la production. Mais, dès la fin des années 1970, les difficultés apparurent. La crise de la sidérurgie entraîna la fermeture de nombreuses aciéries (Usinor-Denain: 5 500 emplois). L’usine de Dunkerque assura l’essentiel de la production dans le Nord (7 985 000 tonnes d’acier en 1981, soit 37,5 p. 100 de la production française: ce qui en fit la deuxième région sidérurgique). Elle fonctionna grâce à des minerais en provenance d’outre-mer et du charbon américain ou polonais.

Dans le groupe des industries lourdes, les industries chimiques ont connu un vigoureux essor. La carbochimie s’était beaucoup développée dans le bassin houiller avant d’être ralentie par l’arrêt de l’exploitation charbonnière. Les importantes usines de Mazingarbe et de Liévin produisaient du benzol, du goudron, de l’ammoniac, du caoutchouc synthétique, des fibres artificielles, des matières plastiques. La distillation de la houille fournissait du coke et du gaz qui alimentait les grandes villes du Nord et était transporté jusque dans la région parisienne. La production d’engrais azotés atteint près du tiers du total national. La pétrochimie a connu une grande expansion, avec les deux raffineries de Dunkerque et de Valenciennes (3,3 Mt de capacité pour la seconde). Enfin, on utilise les charbons de qualité médiocre dans des centrales thermiques construites dans les années 1970 et qui ont fourni, en 1981, à peu près la moitié des 35,8 milliards de kWh de la région (soit 13 p. 100 de la production française). L’autre moitié est d’origine nucléaire. Le courant ravitaille la région du Nord et, par interconnexion, participe également à l’alimentation de la région parisienne. Parmi les industries de base, on peut encore citer celles du ciment et des verres plats.

Les industries de transformation sont surtout représentées par les textiles. Le groupe Lille-Roubaix-Tourcoing fournit dans les années 1980 58,5 p. 100 des filés de laine français (90 p. 100 pour les laines peignées), 32 p. 100 des filés de coton, 35 p. 100 des tissus de laine et presque la totalité des filés de lin (spécialité d’Armentières); il faut y ajouter le travail du jute (soit un tiers de la production nationale) dans les usines voisines du port de débarquement de Boulogne et la production des fibres chimiques (Arras, Calais).

Dans le sud du département du Nord subsiste encore, à Fourmies et à Cambrai, une industrie très spécialisée en grande partie sous la dépendance des capitaux lillois. Cette industrie textile nordique a une longue et solide réputation; de tout temps, on a travaillé la laine des moutons et le lin cultivé dans la région, et, dès le XIIe siècle, Lille était célèbre comme cité drapière. La grande révolution intervint au XIXe siècle, avec l’importation des découvertes techniques faites en Angleterre et le développement industriel; on est passé successivement de l’industrie familiale à la société anonyme au début du XXe siècle, puis à la grande concentration de taille mondiale mais à l’équilibre fragile (il y eut Agache-Willot pour le lin, Prouvost-La Lainière de Roubaix et Masurel, Dollfus Mieg et Cie pour le coton, Boussac Saint-Frères pour l’habillement...). Les nécessités de la modernisation pour lutter contre la concurrence internationale ont entraîné une importante baisse des emplois: de 200 000 en 1950, ceux-ci sont tombés à moins de 100 000 en 1981. Cependant, le Nord reste la première région textile française.

La situation industrielle de la région du Nord est préoccupante: axée sur les éléments traditionnels du charbon, du textile et de la métallurgie lourde, l’industrie s’est trouvée placée dans une situation délicate; dès la fin des années soixante on s’est efforcé de diversifier les activités par la création de zones industrielles et l’incitation à des implantations nouvelles comme les cartonneries, les constructions mécaniques, l’automobile.

Entre 1970 et 1980, près de 60 000 emplois nouveaux ont été créés, dont la moitié dans l’automobile: Renault à Douai, la Française de mécanique (Renault-Peugeot à Douvrin, près de Béthune: la plus importante usine de moteurs d’Europe), Chausson à Maubeuge, Peugeot-Talbot à Hordain près de Valenciennes. 1979 a été l’année record avec 10 900 emplois créés.

Mais les créations d’emplois n’ont pas compensé toutes les suppressions. Ainsi le nombre des chômeurs a triplé entre 1975 et 1982. La situation des jeunes est particulièrement inquiétante puisque 54,6 p. 100 des demandeurs d’emploi avaient moins de vingt-cinq ans à la fin de 1981.

Les voies de communication

Sur une carte, la région du Nord apparaît comme un des secteurs les mieux desservis du territoire français. Tout le système est fondé sur l’existence d’un double carrefour; routes, voies ferrées et voies navigables sont dirigées de la région parisienne vers la Belgique et parallèlement à la frontière.

La voie ferrée Calais-Bâle fut longtemps précieuse pour les échanges de minerai lorrain contre le charbon du Nord. L’éventail des relations ferroviaires qui joignent Paris à la côte par Boulogne et Calais, Paris-Lille et la Belgique, Paris-Maubeuge et la Belgique s’est enrichi en mai 1993 du réseau T.G.V. allant de Paris à Lille, et également vers Dunkerque, en attendant le T.G.V. Nord-Européen, et en 1994 du T.G.V. Transmanche (Eurostar).

Un canal sans cesse amélioré joint le bassin houiller à Dunkerque, tandis que deux liaisons existent vers la région parisienne par l’ancien canal de Saint-Quentin et le canal du Nord plus récent (1964), rattaché également au réseau belge. L’autoroute du Nord joint Paris à Lille et à Bruxelles. La frontière a été doublée d’une autoroute Lille-Dunkerque. Un autre axe parallèle suit le bassin houiller. La région du Nord apparaît donc comme un nœud de communications important.

La population

Avec 3 967 125 habitants au recensement de 1990, le Nord se trouve à la quatrième place après la région Île-de-France, la région Rhône-Alpes et devancée légèrement par la Provence-Côte d’Azur. La densité est de l’ordre de 319,59 habitants au kilomètre carré: elle est trois fois supérieure à la moyenne nationale et comparable à celle de la Belgique, des Pays-Bas et des grands pays rhénans voisins. Cela a été dû à deux faits: l’accroissement naturel, qui a été longtemps beaucoup plus élevé que celui des autres régions françaises; en outre, pendant longtemps, la région du Nord a été une grande terre d’immigration (Belges, au XIXe siècle, et Polonais, entre les deux guerres mondiales, sont venus travailler dans les houillères). Ces populations se sont assimilées sur place, tandis qu’un certain nombre de Français ont été attirés par les industries régionales.

Cependant, entre 1954 et 1982, le rythme de croissance de la population n’a cessé de diminuer: de 1 p. 100 par an entre 1954 et 1962, il est passé à 0,09 entre 1975 et 1982. Cette quasi-stagnation de la population entre les recensements de 1975 et de 1982 s’explique plus par la baisse des naissances que par une accentuation du déficit migratoire: l’excédent naturel est passé de 215 000 à 164 000 environ, alors que le déficit migratoire s’est renforcé de façon modérée: face=F0019 漣 140 000 contre 漣 117 000. C’est depuis le début des années 1950 que le solde des mouvements migratoires du Nord avec le reste de la France et l’étranger est devenu déficitaire. Ainsi le poids démographique de la région dans l’espace français continue de décroître: 7,9 p. 100 en 1954, 7,27 en 1982. Les deux départements du Nord et du Pas-de-Calais ont connu un rythme de croissance entre 1975 et 1982 quasi identique, mais le déficit migratoire a doublé dans le Nord tandis qu’il est stoppé dans le Pas-de-Calais.

Il faut noter la forte proportion de jeunes, le taux élevé d’urbanisation (90 p. 100) et le faible nombre d’actifs agricoles (5 p. 100 de la population active. Inversement, on compte plus de 43 p. 100 des actifs dans l’industrie contre 34 pour l’ensemble du pays. Enfin, l’économie régionale actuelle accuse un retard sur le plan de l’équipement tertiaire.

Les villes sont nombreuses et de types très divers. Tout d’abord, les villes du bassin houiller sont fortement ouvrières et très souvent manquent de services et d’équipements divers; elles sont mal structurées, noires, tristes, et s’alignent interminablement, reliées par les migrations quotidiennes de mineurs qui se rendent à leur travail. Elles forment une «nébuleuse urbaine», à peu près continue, sur toute l’étendue du gisement houiller. Un second type de ville est représenté par les ports qui animent la façade littorale et servent à des degrés divers aux relations avec les îles Britanniques: Dunkerque est la plus dynamique de ces villes. Dans les campagnes sont dispersées un certain nombre de villes traditionnelles, anciens marchés ruraux ayant souvent joué un rôle historique important qui se marque encore par la beauté des monuments (Arras); actuellement, ces villes sont des centres sous-régionaux, assurant les fonctions de services, de carrefour commercial, et disposant d’un certain nombre d’activités industrielles: Arras (59,5 p. 100 des emplois dans le tertiaire), Cambrai, Avesnes, Saint-Omer, entre autres, mais la primauté dans l’organisation urbaine appartient à la conurbation lilloise . Ce terme désigne une agglomération à double tête; en effet, la masse de la population lilloise est à peu près équivalente aux populations de Roubaix-Tourcoing réunies, mais avec la prolifération de leurs banlieues qui se rejoignent, c’est, en 1982, un total de 942 000 âmes qui s’inscrit au centre du triangle nordique, dépassant même, par ses ramifications septentrionales, la frontière belge. Cependant, s’il y a équilibre démographique, les déséquilibres s’accentuent à l’intérieur de la conurbation. Le développement du tertiaire a été plus marqué dans la métropole régionale de Lille, qui groupe plus de la moitié des effectifs régionaux du secteur banque-assurances, qu’à Roubaix-Tourcoing, tandis que l’emploi industriel connaissait une régression plus forte dans ces deux dernières villes. Entre 1975 et 1982, la conurbation Lille-Roubaix-Tourcoing ainsi que les communes jouxtant Lille ont perdu 32 000 habitants; en revanche, la ville nouvelle de Villeneuve-d’Ascq, créée en 1970, en a gagné 23 000.

Le destin de la région du Nord

Cette grande région économique française n’est donc pas exempte de problèmes d’avenir. La concentration de population impose de trouver des solutions rapides et efficaces pour créer des emplois diversifiés, offerts à une jeunesse abondante. La fermeture des houillères, la régression du textile et la crise de la sidérurgie laissent disponibles de nombreuses personnes actives, tandis que le sous-équipement tertiaire imposerait la transformation d’un certain nombre de structures urbaines. Il était prévu, dans le Ve Plan, de faire de la conurbation lilloise une des huit métropoles d’équilibre du territoire français, ce qui exigeait des créations d’équipements multiples et un certain remodelage du tissu urbain. Mais Lille, à l’image de sa région, souffre de la crise qui touche les trois industries de base et a perdu de son attractivité. Son déficit migratoire a en effet quadruplé depuis 1968.

Carrefour européen, la région du Nord se doit de remettre à profit la position qui, au cours des siècles passés, a permis un rayonnement commercial, une accumulation de capitaux, un développement des activités dont l’épanouissement s’est affirmé au XIXe siècle, ce qui devrait lui assurer dans l’avenir, si la reconversion industrielle est menée à bien, une place en tête des régions économiques françaises.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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